﷽
Fatwa n° (1) pour la période 2024-2029
Émise par la Commission de l’Ijtihad et de la Fatwa de l’Union Internationale des Savants Musulmans
Le samedi 11 Dhou al-Qi‘da 1445 H, correspondant au 19 mai 2023, concernant la congélation de la viande de Qurbani, la procuration pour son exécution et son acheminement vers Gaza
Question :
À l’honorable Commission de l’Ijtihad et de la Fatwa de l’Union Internationale des Savants Musulmans
Que la paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions.
Vous n’ignorez pas les grandes épreuves que traverse le monde musulman, en particulier ce que subissent nos frères à Gaza et dans d’autres pays musulmans opprimés. Cette situation a engendré une pauvreté et un besoin manifestes pour toute personne douée de raison. Dans ce contexte est née l’idée d’un projet de Qurbani congelé, porté par plusieurs organisations et institutions actives dans l’action caritative et humanitaire. Nous vous demandons donc d’exposer les règles religieuses relatives au Qurbani congelé, au report de sa distribution après les jours de Tachriq, ainsi que les conditions à respecter dans un tel projet.
Avec nos remerciements et notre considération.
Réponse :
Au nom d’Allah, louange à Allah, et que les prières et la paix soient sur le Messager d’Allah, ainsi que sur sa famille et ses compagnons. Ceci étant dit :
Après étude, discussion et délibération entre les membres de la commission, il a été décidé ce qui suit :
Premièrement
La commission considère que le Qurbani est une sunna fortement recommandée selon la majorité des juristes, contrairement à Abou Hanifa ainsi qu’à une transmission de Malik et d’autres savants qui le considèrent obligatoire pour les personnes aisées.
Il s’agit d’un rite que l’Islam a encouragé et dont le mérite a été souligné, notamment dans la parole d’Allah : ﴿Accomplis donc la prière pour ton Seigneur et sacrifie﴾ [Al-Kawthar : 2], ainsi que dans de nombreux hadiths. Parmi eux, le hadith rapporté par Muslim : le Prophète ﷺ sacrifia deux béliers blancs cornus, les égorgea de sa propre main, prononça le nom d’Allah et le takbir, puis posa son pied sur leurs flancs.
Le Qurbani compte, le jour du sacrifice, parmi les œuvres les plus aimées d’Allah. Il viendra le Jour de la Résurrection tel qu’il aura été sacrifié ; son sang est accepté avant même de toucher le sol. Il est aussi la sunna d’Ibrahim, conformément à la parole d’Allah : ﴿Et Nous le rachetâmes par un sacrifice immense﴾ [As-Saffat : 107]. Pour chaque poil de la bête sacrifiée, le donateur reçoit une bonne action. Il est blâmable pour celui qui en a les moyens de le délaisser ; et aucune dépense n’est meilleure que celle consacrée au Qurbani lorsqu’elle est accomplie avec l’intention de suivre la sunna, loin de toute intention incorrecte, et conformément à la sagesse de sa prescription.
Deuxièmement
Donner procuration pour l’abattage du Qurbani est permis par consensus des juristes, sur la base de la parole d’Allah : ﴿Envoyez donc l’un de vous avec votre monnaie à la ville﴾ [Al-Kahf : 19], ainsi que sur la base de ce qui a été rapporté dans Al-Mustadrak d’Al-Hakim : « Ô Fatima, va auprès de ton sacrifice et assiste-y », ce qui indique la validité de la représentation.
Il est recommandé religieusement que le donateur assiste lui-même à son sacrifice. Si cela n’est pas possible, il n’y a aucun inconvénient. La procuration est valable aussi bien dans le pays du donateur qu’à l’étranger, selon son choix et selon l’intérêt religieux considéré.
L’idéal, pour celui qui en a la capacité, est d’accomplir un sacrifice dans son propre pays et un autre à l’extérieur. Si cela n’est pas possible, l’un des deux suffit selon ses moyens.
Troisièmement
La commission considère que l’élément déterminant est l’intention de celui qui donne procuration, car il offre le sacrifice de ses propres biens pour Allah et en quête de récompense. Par conséquent, l’acte de la personne mandatée lors de l’abattage ne nécessite pas une intention indépendante.
Quatrièmement
La commission estime qu’il est permis d’étendre les jours d’abattage au jour de l’Aïd et aux trois jours qui le suivent, conformément à l’avis d’Ach-Chafi‘i, d’Al-Awza‘i et d’un certain nombre de Tabi‘in, afin de faciliter la tâche aux donateurs et aux institutions qui procèdent à l’abattage en leur nom, notamment lorsque de nombreux donateurs tardent à régler le prix du sacrifice. Cela repose sur la parole rapportée : « Tous les jours de Tachriq sont des jours d’abattage ».
Cinquièmement
Il est permis de conserver la viande du Qurbani après les jours de l’Aïd et de Tachriq, sans limite fixe de durée, car le Prophète ﷺ l’a autorisé sans restriction temporelle. La preuve en est ce qu’Al-Bukhari a rapporté : « Mangez-en, nourrissez-en les autres et conservez-en », car les gens étaient alors dans le besoin et le Prophète voulait que les musulmans les soutiennent.
Sur cette base, il est permis de reporter la distribution de la viande de Qurbani après les jours de l’Aïd et de Tachriq, même pendant plusieurs mois, en raison de l’autorisation religieuse et de l’intérêt que cela représente pour les pauvres, les nécessiteux et les autres bénéficiaires de cette viande.
Sixièmement
Il est permis de congeler et de conditionner la viande du Qurbani, car il s’agit de moyens de conservation. Puisque la législation autorise la conservation, tout moyen licite permettant de la réaliser est permis, car les moyens prennent le statut des finalités. Aucun moyen particulier n’est obligatoire sauf si le Législateur l’a spécifié, ce qui n’est pas le cas ici. La congélation est même préférable lorsqu’elle permet une conservation selon des méthodes scientifiques et sanitaires, prolongeant ainsi la durée de validité de la viande. En cas de besoin, elle peut être distribuée tout au long de l’année. Cela réalise l’intérêt religieux et les objectifs de la Charia, en permettant à un grand nombre de personnes de bénéficier de cette viande, qu’elle leur parvienne congelée ou en conserve.
Septièmement
La commission considère qu’il est permis de transporter le Qurbani, même congelé ou conditionné, d’un pays à un autre lorsqu’il est destiné à des proches ou à des personnes qui en ont davantage besoin que celles du pays d’origine. Tel est l’avis de la majorité des juristes. En l’absence de nécessité ou de raison justifiant ce transfert, il existe entre les juristes une divergence connue entre réprobation, permission et interdiction, tout en maintenant la validité du sacrifice. La commission considère le transfert comme valable de manière générale, ce qui est également l’avis de la plupart des juristes contemporains, surtout lorsque le besoin est pressant dans des pays touchés par les guerres, les crises, les urgences et les famines, à commencer aujourd’hui par ce que subit la population de Gaza. Il est donc permis de transférer le sacrifice du pays du donateur vers Gaza, le Soudan ou d’autres pays musulmans qui ont un besoin encore plus grand de nourriture et de boisson ordinaires, à plus forte raison de viande susceptible de les nourrir pendant plusieurs jours ou semaines.
L’avis autorisant le transfert du Qurbani vers un pays où le besoin est plus important facilite aujourd’hui la préservation de ce rite. Il facilite également le travail des institutions caritatives qui, au nom des particuliers, achètent, sacrifient, congèlent et distribuent la viande aux plus nécessiteux dans les pays musulmans, conformément à la parole d’Allah : ﴿Puis, lorsqu’elles gisent sur leurs flancs, mangez-en et nourrissez celui qui se contente et celui qui demande﴾ [Al-Hajj : 36].
Par précaution et afin d’éviter la divergence, la commission recommande à celui qui accomplit le Qurbani par procuration de prendre également en charge les frais supplémentaires au-delà du prix de la bête ; il en sera également récompensé.
Allah guide vers la vérité et la rectitude.
Louange à Allah, Seigneur des mondes.
Qu’Allah accorde Ses prières et Sa paix à notre maître Mohammed, ainsi qu’à sa famille et à tous ses compagnons.
Émise à l’unanimité par la Commission de l’Ijtihad et de la Fatwa de l’Union Internationale des Savants Musulmans